Enquête santé : les indépendants et chefs de PME sont épuisés

14 avril 2021

Les PME sont déstabilisées par la crise sanitaire. Et ce n’est pas sans répercussions sur la santé de leurs dirigeants. Ils font preuve d’une grande résilience afin de sauver leur entreprise et les emplois. Mais les problèmes de santé et le risque de burnout augmentent sensiblement. C’est le résultat d’une vaste enquête santé menée auprès de dirigeants de PME dans les provinces de Liège et du Luxembourg, à la fin de 2020.

L’enquête a été réalisée dans les provinces de Liège et du Luxembourg à l’initiative d’UCM et de la Confédération de la Construction avec le soutien financier du Fonds SMIL (Service Interentreprises multidisciplinaires de la Province de Liège pour la prévention et la protection du travail).

L’engagement est grand
Les dirigeants de PME investissent beaucoup de temps et d’énergie dans leur entreprise. En cette période de crise, leur engagement est impressionnant.

La pression est élevée
Selon l’enquête, les dirigeants de PME sont surtout préoccupés par :

La santé en souffre beaucoup
Cette combinaison d’un engagement augmenté et d’une pression croissante mène à des problèmes de santé.

Risque accru de burnout
Dr. Pierre Firket, chargé de cours émérite à la Faculté de médecine de l’Université de Liège dans le domaine de la médecine générale et directeur du CITES (Centre d’Informations des Thérapeutiques et d’Etudes sur le Stress), prévient : « Les problèmes de santé évoqués dans cette étude sont clairement des symptômes annonciateurs de burnout. En particulier, les entrepreneurs qui ont dû adapter leurs activités ou dont les activités ont même dû être complètement arrêtées courent un risque élevé de burnout. Ce sont précisément ces indépendants qui ont besoin de perspectives et de soutien. »

Horeca, événementiel, culturel, sportif, voyagistes… en danger
En fait, les secteurs sont touchés à des degrés divers. Plus que quiconque, c’est le secteur Horeca qui est aux prises avec des problèmes financiers, selon l’enquête. « Malgré les mesures de soutien des différents gouvernements, l’Horeca, ainsi que les secteurs événementiels, le culturel et les salles de sport, sont durement touchés. Dans ces secteurs en particulier, de nombreuses entreprises peinent encore à survivre », explique Marc Vilet, porte-parole d’UCM Liège, décrivant la situation actuelle. De surcroît, nous constatons également que le secteur de l’Horeca, notamment, fait face à une désertion de sa main d’œuvre͘.

Le commerce : à deux vitesses
Alors que le secteur du commerce alimentaire tire son épingle hors du jeu, le reste du commerce de détail souffre : la clientèle n’est pas rendez-vous, le fun shopping étant proscrit ! Les consommateurs achètent autrement : autres canaux, autres dépenses, autres besoins.

UCM met en garde contre un démantèlement trop rapide des mesures de soutien si les magasins peuvent rouvrir : « Si ces mesures sont brusquement arrêtées, une large vague de faillites sera inévitable ».

Le secteur de la construction recherche désespérément des travailleurs
François Cloos, directeur de la Confédération de la Construction de la province de Luxembourg explique pour le secteur de la construction : « Notre secteur a particulièrement souffert lors de la première vague corona lorsque tous les chantiers ont dû être fermés. Cependant, le secteur se redresse progressivement depuis les mois d’été. » Paul-Philippe Hick, directeur de la Chambre de la Construction de Liège et de la Confédération de la Construction de l’arrondissement de Verviers-Ostbelgien, confirme : « Le plus grand défi pour nos entrepreneurs en ce moment est de trouver du personnel et d’organiser le travail. Le marché du travail ne produit pas suffisamment de ce dont le secteur a besoin en termes de main-d’œuvre͘. Cela ralentit le secteur et préoccupent fortement les entrepreneurs de la construction. »

Besoin urgent de perspectives pour maîtriser son destin
« Afin de réduire la pression sur les entrepreneurs, ils ont plus que jamais besoin de perspectives concrètes sur la fin de la pandémie et les mesures restrictives associées », ont déclaré les responsables de l’UCM et de la Confédération de la construction. « Nos entrepreneurs ont un besoin urgent d’une perspective de normalité, dans laquelle toutes les entreprises peuvent rouvrir leurs portes, et l’économie et le marché du travail, ainsi que la société dans son ensemble, peuvent revenir à la normale. Les indépendants et dirigeants de PME veulent reprendre leur destin en mains ! » D’où l’appel urgent aux autorités concernées pour accélérer la campagne de vaccination : « La Grande-Bretagne, les États-Unis et Israël nous montrent que c’est possible. Nous n’avons plus de temps à perdre. »

 

Gageons que le Comité de concertation de ce mercredi 14 avril se montrera attentif à la détresse de nos entrepreneurs et indépendants, et dessinera, enfin, les contours d’un proche retour à une certaine « normalité »…

 

Photo d’illustration de Stefano Pollio, Unsplash